Evêques

Monseigneur Emmanuel DELMAS  à la Communion Notre-Dame de l'Alliance

" Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas." :

    Il faut beaucoup de foi et de simplicité pour entendre cette parole de l'Evangile et aussi pour la mettre en pratique. Parce que le lien du mariage ne nous appartient pas - n'appartient pas aux époux qui décident librement de s'allier l'un à l'autre. Lorsque nous disons que ce sont les époux qui se donnent le sacrement de mariage, c'est vrai à la condition de bien comprendre qu'ils sont les serviteurs d'un don qui ne leur appartient pas, qui ne vient pas d'eux.

Quel est ce don sinon l'Amour avec lequel Dieu a aimé l'humanité ? Et nous savons jusqu'où est allé cet Amour. Le Christ a offert sa vie, il a noué une alliance que rien désormais ne peut détruire. À l'intérieur même de leur amour humain vient demeurer l'Amour même de Dieu, l'Amour parfait. C'est pour cela que nous disons que l'amour humain est élevé, transformé, purifié, sanctifié. C'est pour cela qu'il est nécessaire que l'amour que l'on vit dans la vie conjugale puisse se manifester dans l'adversité. Il n'est pas difficile d'aimer lorsque l'on est "payé" de retour, si je puis dire. C'est tout autre chose lorsqu'il n'en est pas ainsi. Oui, il est essentiel qu'il le soit vécu dans l'adversité, autrement comment pourrait-il être fidèle à l'Amour même de Dieu ?

Or je sais que vous vivez cela et que vous témoignez de l'Amour avec lequel Dieu a aimé l'humanité, puisque vous êtes fidèle à votre conjoint dans cette épreuve de la séparation, séparation qui a pu aller jusqu'au divorce. Vous dites ainsi que le Oui que vous avez prononcé, au jour de votre mariage, est toujours là au cœur de cette épreuve.

L'Amour même de Dieu est bien vivant et agissant au cœur de votre vie. C'est lui, en quelque sorte, qui vous donne la force de redire jour après jour ce Oui que vous avez prononcé au premier jour. Vous témoignez de ce que l'amour conjugal est appelé à laisser toute sa place à l'Amour de Dieu qui n'a jamais été autant expressif que le jour où il a été abandonné de tous.

Je voudrais vous dire merci pour votre témoignage. Je sais qu'il est important que nous sachions qu'il est vécu concrètement, par des hommes et des femmes aujourd'hui, dans notre Eglise et dans notre monde.

Monseigneur DELMAS évêque d'Angers, 

veillée de prière avec la Communion Notre-Dame de l'Alliance, le 9 octobre 2009 à Cholet

Mgr Denis MOUTEL

Le joug et le fardeau

Dans l'Evangile (Mt 11, 25-30), il est question du fardeau et de son allègement. Certes nous connaissons tous bien des peines et des fardeaux, et la vôtre à chacun, singulièrement. Et de façon forte, on en arriverait parfois à considérer le mariage lui-même comme un fardeau ou un joug.

    Il faut que j'explique comme je l'ai fait ce matin à la basilique Notre-Dame du Bon Secours, pour le Grand Pardon de Guingamp, auprès des enfants et des plus grands, que le joug est une belle, énorme et forte pièce de bois dont on ne connaît plus aujourd'hui l'usage : il n'y a plus de bœufs, ni de joug, mais des tracteurs et des machines. En tous cas, on voit cet objet comme synonyme d'asservissement, de perte de liberté, d'aliénation, de domination sous le joug d'un tyran, d'une personne ou d'un groupe. Et voici que Jésus nous le présente de façon positive : «Prenez mon joug. Mon joug est facile à porter». Effectivement, cet outil, cet instrument permettait à deux animaux forts et costauds de marcher du même pas, de s'attacher bien ensemble pour pouvoir tirer de manière bien ajustée la même charrueet creuser la terre même un peu dure du pays breton. Voilà ce qu'il en est du joug.

    Jésus invite à être avec lui, à nous attacher à lui. Certes le fardeau est là, ce qu'il faut tirer derrière soi, ce qu'il faut vivre, même si nous savons que lui, lui seul a pris le fardeau du monde, le péché du monde. Ce qui aggrave et alourdit, obscurcit sans cesse nos existences, il l'a pris de manière définitive et accomplie, dans le mystère de sa Croix, et Dieu l'a ressuscité. Même si nous savons cela, nous savons que le fardeau de nos maux, de nos péchés, fait encore son chemin en chacun de nous, et donc il est là le fardeau, mais la souffrance ou l'épreuve quand elle est portée en présence du Seigneur, devant lui, avec lui et en Eglise est tout autre : elle est éclairée d'une manière nouvelle, elle peut devenir aussi offrande, participation à la croissance spirituelle de nos frères et sœurs.

Mgr Moutel, évêque de St Brieuc et Tréguier, 

mardi 3 juillet 2011 à la messe d'ouverture de la retraite de la Communion Notre-Dame de l'Alliance au Foyer de Charité de Tressaint

 

Cardinal Jean-Pierre RICARD 

    Le Seigneur sait bien que la vie quotidienne n’est pas toujours facile, qu’elle est marquée par des faiblesses, des crises, des blessures et des souffrances. La vie de couple, elle non plus, n’est pas épargnée. C’est pour cela que le Christ s’offre à nous pour nous soutenir, pour nous aider, pour nous sauver. Jésus se présente comme ce roc qui permettra à la maison, secouée par la tempête, de tenir bon. Attachez-vous donc au Christ et à sa parole. Prenez la main qu’il vous tend. Accueillez sa présence, son amour et sa fidélité. Vous tiendrez bon. A votre tour, témoignez au cœur de votre vie de couple et de famille que la fidélité est possible. Notre société en doute. Votre témoignage est plus vital que jamais. 11 février 2012   

 

Mgr Jean-Charles THOMAS

à des couples touchés par la maladie psychique de l'un des conjoints

Et si n'existent plus l'amour "eros", ni l'amour d'amitié, ni même l'amour de compassion parce que les larmes n'ont fait que creuser des sillons sur les joues sans assécher la source des souffrances ? La route de la fidélité doit alors rencontrer l'amour "d'agapè", dont Dieu est la source et le Christ le modèle.

    Cet amour d'agapè consiste à vouloir le bonheur de l'autre et le salut de l'autre même si l'autre n'en témoigne aucune reconnaissance, aucun début de joie. La Bible décrit Dieu capable d'aimer le premier, avant toute manifestation d'amour de l'homme. Elle montre Jésus rejeté sans rejeter quiconque, Jésus demandant au Père de pardonner à ceux qui Le font souffrir, Jésus souffrant sans désirer la vengeance à l'encontre de ceux qui Le font mourir.

    Décrit par saint Paul dans la 1ère lettre aux Corinthiens (13), l'amour d'agapè est gratuit, généreux, sans autre cause que l'amour. Seul l'Esprit du Christ peut le faire jaillir dans le cœur humain. C'est pourquoi il est qualifié de "surnaturel" au sens où il ne nous est pas naturel.

    Tant que l'amour d'agapè existe au cœur de l'un des conjoints, la route de la fidélité courageuse reste ouverte. Elle s'appuie sur la prière d'intercession : que l'Amour qui amena Jésus à tout donner pour le salut des hommes soit actif au cœur des conjoints, puisqu'ils se sont engagés à une communion signe de l'amour du Christ pour l'humanité (Mt 11,28-30 : le joug du Christ unissant les conjoints). 

    Cet amour d'agapè va de pair avec la communion à Jésus. Communion à sa Parole, à son enseignement, à son dénuement total devant le mal subi injustement, communion à sa présence de ressuscité se livrant entre nos mains pour que nous Le laissions nous transformer et nous libérer. Cet approfondissement de la foi, ce besoin de méditer la Bible, cet amour de l'Eucharistie, certains conjoints y voient la réponse de Dieu à leur souffrance. Ils y trouvent le sens de la vie et éprouvent alors une véritable joie que nul ne peut leur ravir. La souffrance demeure, mais le regard porté vers Jésus donne la certitude que cette route traverse la mort et débouche sur la résurrection. Ce cheminement peut devenir Lumière pour eux-mêmes, pour leurs enfants et pour leurs amis. En acceptant leur souffrance, ils entrent dans une résurrection.

      

Conférence des Evêques de France 

Que faire pour sauver notre amour ?

    La majorité des crises graves proviennent de petites choses qui s'accumulent au fil des années et d'un manque de communication entre les conjoints. C'est pourquoi la plupart des mouvements conjugaux insistent sur l'importance de prendre du temps pour parler en profondeur, faire le point, se détendre, s'aimer, et cela à tout âge ! Faute d'approfondir ainsi leur amour, beaucoup d'époux sont en effet confrontés assez vite à la déception, aux frustrations, et font, souvent à tort, un constat d'échec : « Nous n'étions pas faits l'un pour l'autre » ou « Avec un autre, ce serait différent »... Une épreuve, une rencontre peuvent alors précipiter la rupture... A moins que le couple ne se décide à prendre des moyens à la hauteur de l'enjeu.

    Conseillers, thérapeutes de couple, psychologues, prêtres accompagnateurs, peuvent permettre de renouer l'écoute et le dialogue au fil des mois. Une retraite pour couples, dans un cadre chrétien, aide aussi certains à puiser à une source nouvelle.

    Parfois, hélas, il est trop tard. L'un des deux conjoints refuse toute aide pour sauver le mariage, ou bien prend la décision de quitter le foyer. D'autres fois, quand la relation devient impossible et comporte des risques pour l'un des conjoints ou pour les enfants, il est préférable d'envisager une séparation, en attendant des jours meilleurs. C'est ce que conseille l'Église catholique pour préserver jusqu'au bout les chances d'une réconciliation ou d'un nouveau départ sur d'autres bases.

Et si c'est le divorce ?

    Beaucoup de personnes aujourd'hui n'hésitent plus à franchir le pas du divorce, sans toujours bien mesurer la portée et les conséquences de ce choix. On ne peut pourtant pas effacer une histoire commune comme si rien ne s'était passé ! La plupart du temps, le divorce est vécu dans la souffrance: souffrance d'avoir été trompé ; souffrance des enfants ; souffrance d'une situation difficile à assumer quotidiennement... Certaines ruptures peuvent fragiliser les conditions matérielles ou l'équilibre psychologique de l'un des conjoints.

    Pourtant, même si certains se remettent difficilement d'un divorce, il est toujours possible de s'en sortir. La vie est plus forte que toutes les détresses, et sous le regard de Dieu, une vie, même marquée par de graves difficultés, ne se résume jamais à un échec mais à une histoire sacrée dans laquelle son amour reste présent.

Peut-on rester fidèle à son mariage après un divorce ?

    Un travail de "deuil", avec éventuellement l'aide d'un psychologue ou d'un prêtre, est souvent nécessaire : il faut parfois renoncer à attendre le retour du conjoint, accepter la solitude, abandonner son ressentiment ou son désir de vengeance... Le chemin du pardon demandera beaucoup de temps mais ceux qui arrivent à le prendre témoignent tous d'une pacification qui permet de redonner sens et goût à la vie. Les enfants, quand il y en a, sont également réconfortés par cet apaisement des relations entre leur père et leur mère.

    Des chrétiens divorcés ou séparés choisissent de continuer à s'appuyer sur leur sacrement de mariage en restant fidèle à leur ex-conjoint. Ils continuent ainsi à témoigner de la force du lien conjugal à travers les épreuves ! Dans une société qui banalise l'infidélité, les ruptures et les unions successives, ce choix - recommandé par l'Eglise - peut paraître insensé ou trop dur à vivre.      "Simples questions sur la vie" 

  Mgr Jesús Sanz Montes

« Ce que Dieu a uni, l'homme ne doit point le séparer. (…) Celui qui renvoie sa femme pour en épouser une autre est coupable d'adultère envers elle. Si une femme a renvoyé son mari et en épouse un autre, elle est coupable d'adultère. » Marc 10,9-12

Ce que Jésus propose, ce n'est pas un boulet au pied. Il propose de toujours recommencer, c'est-à-dire de toujours alimenter la flamme qui un jour a fait naître l'amour entre deux personnes. Ni l'amour ni la haine ne peuvent s'improviser : l'indifférence est le fruit d'un laisser-aller, d'avoir lentement éteint le feu de l'amour. Le jour du mariage est le jour où un homme et une femme commencent à se marier, en se répétant jour après jour, en toute circonstance ce « oui » qui ne fut que le point de départ. C'est parfois si complexe d'être fidèle, de pardonner, d'accueillir l'autre, de recommencer, que Dieu n'assiste pas au mariage comme un spectateur, mais comme un contractant (c'est un sacrement !) : le mariage chrétien est une affaire à trois, l'homme, la femme et Dieu. Ce qui est si souvent impossible pour le couple humain, ne l'est pas pour Dieu, qui fait aussi partie de ce mariage. 

Mgr Jesús Sanz Montes, ofm, 

évêque de Huesca y de Jaca (Espagne)

RETOUR vers la Page "Textes sur le mariage"